Le billet de Nicolas

Tous les mois, Nicolas, notre médiathécaire, nous partage son coup de cœur, à retrouver au Centre de Ressources de l’Alliance française de Bruxelles-Europe !

Sérotonine de michel houellebecq

J’ai achevé il y a peu la lecture du dernier roman de Michel Houellebecq, sorti en début d’année.

L’écrivain a récemment été décoré de la Légion d’honneur par le Président français pour l’ensemble de son œuvre.

après 25 ans, un style toujours inimitable

Celle-ci a été initiée au milieu des années 90, avec la parution de son premier roman « Extension du domaine de la lutte » en 1994. 25 ans se sont écoulés, mais le dernier ouvrage fait écho au premier par un même pessimisme radical sur l’évolution du monde occidental.

Pendant ce demi-siècle de production littéraire, Houellebecq s’est aussi essayé à d’autres genres comme l’essai, la poésie, la musique (un album avec le producteur Bertrand Burgalat), le cinéma. Certaines sorties ont été accompagnées de vives polémiques. Il faut dire que notre « Mimiche » national met le doigt là où ça fait mal. Et c’est pour cela qu’on l’aime. Comme pour son style inimitable, faussement plat, parfois très drôle.

Alors les amateurs du plus célèbre des écrivains francophones contemporains ne pourront qu’apprécier le dernier ouvrage, qui tient toutes ses promesses.

l'histoire d'un quadragénaire qui décide de disparaître

Dans la première partie du roman, l’auteur quadragénaire, agronome au ministère de l’agriculture, considère négativement sa vie actuelle avec une femme japonaise prénommée Yuzu, et décide de disparaitre (une disparition volontaire). Il loue une chambre dans un hôtel. Commence une période d’introspection, au cours de laquelle il fait le point sur les différentes étapes de sa jeune vie. Il repense aux femmes qu’il a connues : Claire la « cultureuse », qu’il revoit dans un café parisien. Puis il part retrouver Aymeric, un ancien camarade d’études, devenu agriculteur en Normandie. Il évoque ensuite une autre femme avec qui il a partagé un bout de chemin, une certaine Camille, vétérinaire, avec qui il a vécu dans cette partie de la France.

Houellebecq, un romancier sociologue, en phase avec son époque

Dans la deuxième partie, Florent-Claude (c’est son prénom) quitte Paris à l’approche des fêtes de fin d’année, part en Normandie, occupe un bungalow dans le petit camping que gère son ami agriculteur. Il passe le réveillon de fin d’année avec lui dans une ambiance glauque, évoquant les suicides d’agriculteurs en détresse. Les semaines suivantes, Aymeric prépare une action d’envergure avec des syndicalistes. Le jour venu, il vise des CRS, et retourne l’arme contre lui. Les agriculteurs tirent sur les CRS, et s’ensuit une féroce répression. Houellebecq, en romancier sociologue de son époque est toujours en prise directe avec l’actualité. Deux de ses précédents romans dans lesquels il abordait la question de l’islamisme ont coïncidé avec la commission d’attentats terroristes (11 septembre et Charlie Hebdo). Cette fois-ci le livre sort en plein mouvement des Gilets jaunes, et à l’approche des élections européennes, on sait la place centrale qu’occupe la politique agricole commune.

Une réflexion sur la misère affective

Dans la dernière partie de l’ouvrage, le narrateur loue une petite maison, cherche à revoir son ex Camille. Il la retrouve avec un enfant de 4 ans, et conçoit un projet d’homicide qu’il n’aura pas le « courage » de mener à bien. Il retourne à Paris, cherche à nouveau un logement, y reste cloitré, et envisage le suicide.

Le roman se termine par cette réflexion, qui témoigne de la misère affective du monde occidental moderne : « J’aurais pu rendre une femme heureuse. Enfin deux : j’ai dit lesquelles. Tout était clair, extrêmement clair, dès le début ; mais nous n’en avons pas tenu compte. Avons nous cédé à des illusions de liberté individuelle, de vie ouverte, d’infini des possibles ? Cela se peut, ces idées étaient dans l’esprit du temps ; nous ne les avons pas formalisées, nous n’en n’avions pas le goût : nous nous sommes contentés de nous y conformer, de nous laisser détruire par elles ; et puis, très longtemps, d’en souffrir. »


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